Louis J. Duhamel

Investissons dans le secteur manufacturier

Bonne nouvelle : le secteur manufacturier est de nouveau en croissance un peu partout dans le monde. « Aux États-Unis, par exemple, il génère une création nette d’emplois depuis 2011 : du jamais-vu en 30 ans, affirme Louis J. Duhamel. Les investissements étrangers y atteignent aussi un niveau record, soit un trillion de dollars en 2016, dont une bonne partie a été injectée dans des entreprises manufacturières. »

« Plusieurs nations manufacturières sont en effet redevenues compétitives par rapport aux pays émergents tels que la Chine, qui perdent graduellement leurs avantages. Si l’on tient également compte des frais de transport et de douanes et autres coûts, la fabrication dans les pays émergents devient de moins en moins profitable, surtout pour les produits à moyenne ou à forte valeur ajoutée. »

Au Québec, les études menées par Deloitte démontrent que le secteur manufacturier se dynamise : « La proportion des dépenses consacrées à l’innovation, par exemple, y est passée de 50 % à 59 % depuis quatre ans, précise M. Duhamel. C’est fort encourageant, puisque l’innovation est un incontournable pour les entreprises qui cherchent à se différencier et à demeurer compétitives. »

Or, malgré ces perspectives réjouissantes, les investissements privés dans le secteur manufacturier stagnent au Québec. Au début des années 2000, ils atteignaient 7 milliards de dollars; ils sont actuellement à 4,5 milliards. « Nos manufacturiers doivent recommencer à investir pour saisir les occasions d’affaires qui s’offrent actuellement à eux, soutient M. Duhamel. L’accord de libre-échange avec l’Europe, par exemple, qui les dispense de frais de douanes dans un marché de 500 millions d’habitants. Il s’agit là d’un avantage concurrentiel important, dont les entreprises américaines et asiatiques ne profitent pas pour l’instant. »

On parle aussi de plus en plus de relocalisation. Aux États-Unis, ce phénomène constitue le tiers de la réindustrialisation. « En raison de conditions économiques propices, des sociétés comme Apple recommencent à fabriquer aux États-Unis, poursuit M. Duhamel. Mais elles le font aussi parce que les Américains, comme d’autres consommateurs, se tournent vers les produits locaux. Les entreprises québécoises devraient, elles aussi, se demander s’il ne serait pas plus avantageux de produire localement. Le Québec importe annuellement pour près de 90 milliards de dollars de produits. On peut facilement imaginer qu’une plus large portion pourrait être fabriquée ici. »

Se mobiliser sans tarder

Pour le secteur manufacturier québécois, les perspectives sont donc plus florissantes qu’elles ne l’ont été depuis longtemps. Mais, comme le fait remarquer M. Duhamel, il faut s’activer. « Nous ne sommes pas seuls à vouloir profiter de ces nouvelles occasions. Afin d’assurer leur compétitivité, nos entreprises doivent se préparer. »

Pour y arriver, nos entreprises peuvent compter sur le soutien d’une solide chaîne de services. « En mobilisant l’écosystème exceptionnel qui gravite autour d’elles, nous obtiendrons rapidement des résultats, assure M. Duhamel. C’est d’ailleurs autour de cette idée qu’Investissement Québec a lancé l’Initiative manufacturière. En réunissant toutes les forces du milieu, cette initiative permet de mettre en place les conditions gagnantes pour dynamiser les investissements privés dans le secteur manufacturier et tirer le maximum de son potentiel. »